L’univers de la Finance Islamique
est caractérisé par une extrême diversité. Cet état des choses est lié à la
nature même de l’Islam, une religion où la jurisprudence joue un rôle essentiel
et qui regroupe des courants de pensée très divers. Ainsi, alors que les grands principes
éthiques sont universellement partagés par tous les acteurs de la Finance
Islamique, les divers courants de
l’Islam proposent des interprétations différentes, plus ou moins souples, de
leur mise en œuvre pratique. En particulier, on oppose traditionnellement
l’Extrême Orient chaféite plus « libéral » au Golfe hanbalite. Ainsi,
pour ne prendre qu’un exemple, l’Arabie Saoudite se montre plus rigide dans
l’application des normes éthiques de l’Islam que les pays de l’Asie de Sud-Est.
Mais il existe également des lignes de fracture à l’intérieur des différentes
régions. Ainsi, l’Iran et le Soudan ont-ils entièrement islamisé leur secteur
financier alors que le sultanat d’Oman a interdit la Finance Islamique et qu’en
Egypte, l’Université d’Al Azhar a émis une fatwa
qui justifie, à certaines conditions, l’utilisation de taux d’intérêt, gommant
un peu plus les différences entre Finance Conventionnelle et Finance Islamique.
Les frontières entre ces
différentes positions sont, par ailleurs, instables. Certaines règles sont
progressivement assouplies alors que d’autres injonctions peuvent être
renforcées. Il en est ainsi du mécanisme de fonctionnement des sukuk (les « obligations
islamiques »), créées dans les années 1970 en Malaisie, qui ont été, dans
un premier temps, vivement condamnées par les pays du Moyen Orient pour être,
par la suite, très largement adoptées par ces mêmes pays. A l’opposé, la
souscription d’un contrat d’assurance conventionnel a été acceptée dans le
passé dans la mesure où il existait une contrainte légale de s’assurer et qu’il
n’y avait pas encore d’équivalents islamiques aux produits d’assurance
conventionnels. Avec l’émergence des compagnies takaful, de plus en plus de shariah
scholars préconisent
La diversité de l’univers des
produits financiers islamiques a été également favorisée par le mode de
fonctionnement particulier des institutions financières islamiques. Depuis les
années 1970, les institutions financières islamiques se sont dotées de comités
consultatifs (shariah boards)
composés de spécialistes en loi islamique qui se prononcent sur la conformité à
la Charia des
produits financiers proposés. Le caractère plus ou moins
« islamique » d’un mécanisme financier n’est donc pas établi selon
des règles précises et immuables mais est laissé à l’appréciation de ces shariah scholars. Certes, il y a eu quelques tentatives d’harmonisation et
d’homogénéisation de la lecture des grands principes coraniques. Mais, pour
l’instant, ces initiatives sont restées, pour l’essentiel, régionales et n’ont eu
qu’un poids consultatif.
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