Dans le
paragraphe précédent, nous avons vu les bases sur lesquels repose la finance islamique.
Nous allons voir dans cette partie les différents mécanismes
juridico-financiers que les banques islamiques et les filiales islamiques des
banques conventionnelles ont développé pour rester dans la légalité islamique.
En effet, la mobilisation et l'emploi des capitaux dans la finance islamique
reposent sur des concepts juridiques différents de ceux des banques
traditionnelles (Muhsin Muhammad, 1981). Au cours de son développement, la
finance islamique a créé plusieurs instruments afin de satisfaire les besoins
de leurs clients. Certains de ces instruments sont des constructions arabes
préislamiques développées à l'origine pour les besoins des villes-états
marchandes déjà citées.
Compte tenu du
nombre de contrats existants aujourd’hui, nous avons décidé d’évoquer les
contrats les plus utilisés et les plus connus dans le secteur de la finance islamique.
Ceux-ci ont joué un rôle prépondérant dans l’évolution croissante de la finance
islamique.
Pour cela, nous
devons dissocier les instruments dits « participatifs » qui
comportent la Murabaha, la Mudaraba et la Musharaka et les instruments dits
« de financement » qui regroupent les contrats tels que l’Ijara et
l’Istisna. Ce graphique nous permet d’avoir un aperçu de la tendance des
contrats utilisés dans ce secteur.
Répartitions
des actifs islamiques selon le type de produit, Rapport moral sur
l'argent dans le monde (2005), Association d'Economie Financière.
1-1-1. Mudaraba
La Mudaraba est
une technique de financement utilisée par les banques islamiques. La banque joue le rôle de l’investisseur (Rab
el Mal). Elle s’engage à financer intégralement le projet. En contrepartie,
l’entrepreneur (Moudarib) doit assurer la gestion du projet. La rémunération
est fondée sur un pourcentage de bénéfices de l'entrepreneur fixé à l'avance.
Les pertes éventuelles doivent être supportées par le seul bailleur de
capitaux. Le chef d'entreprise renonce à une rémunération variable de son
travail. Aujourd'hui, la Mudaraba peut s'appliquer à diverses activités
économiques.

Principe
de Mudaraba, Herbert Smith (2009), le guide de la finance islamique .
1-1-2. Musharaka
La Musharaka est un contrat entre la banque et le client en
vertu duquel la banque et le client apportent chacun des capitaux en vue d'un
projet spécifique. Les partenaires apportent les fonds, mais seul un d’eux,
dispose de la charge de la gestion du projet.
Les conditions de partage des profits sont
prédéfinies. La répartition des bénéfices réalisés est au prorata. Le
remboursement obéit à un tableau d’amortissement qui comprend, outre le capital
principal, les bénéfices tirés par la banque pour cette opération. Les pertes
sont partagées en fonction de l'apport en capital investi.

Principe de Musharaka, Herbert Smith (2009), le guide de la finance islamique
1-1-3. Murabaha
La Murabaha est
contrat de vente, entre un vendeur et un acheteur, par lequel ce dernier achète
les biens requis par un acheteur et les lui revend à un prix majoré. Les
bénéfices (marge bénéficiaire) et la période de remboursement (versements
échelonnés en général) sont précisés dans un contrat initial. Cela permet à un
client d’acquérir un bien sans contracter un emprunt avec intérêt. Les
conditions de vente telles que la marge bénéficiaire pour le vendeur ou les
détails de remboursement des échéances sont prédéfinies entre les différentes
parties.

Principe
de Murabaha Herbert Smith (2009), le
guide de la finance islamique
1-1-4. Ijara
L’Ijara est un
mode de financement à moyen terme par lequel la banque achète des machines et
des équipements puis en transfère l’usufruit au bénéficiaire pour une période
durant laquelle elle conserve le titre de propriété de ces biens. L’Ijara est l’équivalent du contrat
crédit-bail. Toutefois, il y a quelques différences qu’il convient de
souligner. Ce qui le diffère du crédit bail, c’est l’absence de pénalité en cas
de non paiement mensuel ou en cas de retard car les pénalités qui
surviendraient pour ces motifs seraient considérées comme des intérêts, or la finance
islamique réfute ce procédé. Les conditions de contrat sont prédéfinies, en cas
de modification d’une des conditions, même avec l’accord des deux parties, un
nouveau contrat doit être réalisé avec les nouvelles conditions.

Principe
d’Ijara, Herbert Smith Herbert Smith (2009), le guide de la finance islamique
1-1-5. Istisna
L’Istisna est un moyen de financement
progressif. C’est un contrat de fabrication (ou de construction) au
terme duquel le participant (vendeur) accepte de fournir à l’acheteur, dans un
certain délai et à un prix convenu, des biens spécifiés après leur fabrication
(construction) conformément au cahier des charges. En effet, le vendeur s’engage à fournir dans un délai précis et à un prix
convenu préalablement le bien immobilier selon les conditions émises lors de
l’élaboration des cahiers de charges. En contrepartie, l’acheteur s’engage à
payer le vendeur en fonction de l’avancée des travaux.

Principie
d’Istisna, Herbert Smith (2009), le guide
de la finance islamique
1-1-6. Sukuk
Le Sukuk est
l'équivalent islamique d'une obligation où l'intérêt devient un profit prévu à
l'avance à risque quasi-nul. Cette forme d'obligation est particulièrement
utilisée pour les financements
immobiliers.
Le Sukuk permet de rémunérer un placement en
évitant l’usage de l’intérêt. L’investisseur possède une part de propriété dans
un actif sous-jacent. En échange,
celle-ci lui assure un revenu. Pour cela, la société émettrice doit
repérer les actifs destinés à la vente
afin de les proposer aux investisseurs Sukuk. Cette opération se réalise
avec l’intervention d’une société ad Hoc. Les investisseurs percevront alors
l’usufruit de ces actifs en fonction du
prorata de leur investissement. Les risques de cette opération sont partagés.
Les investisseurs supportent les risques
de crédit de l’émetteur et les risques liés aux actifs sont supportés
par la société ad Hoc. La particularité des Sukuk est qu’elles peuvent être
cotées et notées en fonction du marché cible.

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